Index des noms de famille dans les ouvrages de Jean-Marie Thiebaud

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Articles: Un premier bilan de 50 années de généalogie


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 Titre: Un premier bilan de 50 années de généalogie
 Ecrit par: Jran-Marie Thiébaud

  Un premier bilan de 50 années d’activités généalogiques

Conférence à Délémont (Suisse) en 2009

par le docteur Jean-Marie Thiébaud
Ancien président de la Fédération Française de Généalogie et de la Confédération internationale de Généalogie et d’Héraldique
Fondateur du Conseil Français d’Héraldique
Fondateur de l’Académie Internationale de Généalogie


- Le Cercle généalogique de l’ancien évêché de Bâle fête en 2009 son 20e anniversaire, le Centre d’Entraide Généalogique de Franche-Comté fête son 30e, la Fédération Française de Généalogie, son 40e et, quant à moi, dans quelques mois, cela fera 50 ans que je me suis attelé à cette recherche et que je me suis laissé guider par cette passion. Vers 1960, c’était l’époque où il n’y avait aucune association, aucun guide, aucun cours d’initiation, rien ! Nous étions en tout et pour tout deux généalogistes à fréquenter régulièrement les Archives départementales du Doubs dont une demoiselle, d’une quinzaine d’années mon aînée, et qui faisait bien rire un archiviste qui affirmait sans sourire : « Mademoiselle B. collectionne les ancêtres comme d’autres les papillons ». C’était le temps où la généalogie passait encore pour un loisir farfelu. Bien sûr, j’ignorais en commençant cette aventure qu’un demi-siècle plus tard, je serais encore en train de déchiffrer des parchemins et d’aider mes collègues en enseignant à Besançon la paléographie dans le cadre de l’association des Amis des Archives de Franche-Comté.
- Malgré cette ancienneté apparente, la généalogie est donc encore une science jeune, très jeune. Et, malgré cette jeunesse, elle a déjà produit des effets étonnants : 1) elle a ramené à l’histoire ceux qui, parfois, étaient même un peu réticents pour étudier cette matière pendant leur scolarité ; 2) elle fournit aux chercheurs quantité d’études fort utiles pour l’onomastique, la toponymie, la démographie et l’histoire des familles ; 3) dans une époque où les liens familiaux commencent à se distendre, elle offre la découverte de cousins insoupçonnés, elle induit la création d’associations et de réunions autour du thème de la famille ; 4) elle a amené à l’informatique des personnes dont on disait qu’elles appartenaient à une génération qui ne s’assiérait jamais devant un ordinateur ; 5) en France, elle a sorti des oubliettes l’héraldique, toujours vivace en Suisse (comme j’ai pu le constater en travaillant notamment avec le docteur Olivier Clottu) mais qui était jugée indésirable dans les universités depuis les décrets de 1793 qui les avait amalgamées avec les privilèges de la noblesse. Plus personne ou presque n’en connaissait le vocabulaire le plus élémentaire ce qui m’a amené à publier deux dictionnaires des termes du blason.
- Fait plus étonnant encore, on assiste à un engouement quasi planétaire de notre passion commune puisque la Confédération internationale de généalogie et d’héraldique regroupe actuellement quelque 50 pays, ayant pour ma part, comme président de cette Confédération, fait admettre au congrès de Cracovie, peu après l’explosion du bloc de l’URSS, les fédérations nationales de Russie, d’Ukraine, etc. La France, quant à elle, compte environ 200 à 300 000 généalogistes dont quelques dizaines de milliers sont regroupés au sein de la Fédération Française de Généalogie.
- Dans certains pays comme l’Italie, l’Espagne, le Portugal, les pays arabes, le Japon, la généalogie reste confinée à l’étude des familles les plus anciennes, les grandes familles aristocratiques, tandis que les Français, les Suisses, les Américains, les Canadiens, etc., s’intéressent à toutes les couches de la société, des rois aux simples manants, des capitaines d’industrie aux sans-grades et aux plus modestes manœuvres. Et cela est enthousiasmant tout en posant une question : pourquoi cet enthousiasme international qui nous indique, par exemple aussitôt après l’élection de Barak Obama à la présidence des États-Unis que celui-ci descend en ligne directe de Louis VI le Gros, roi de France, dans la lignée des présidents américains dont 80% depuis Washington se rattachent directement aux premiers rois capétiens ?
- Cette vogue, pour passionnante qu’elle est, commence à engendrer quelques revers :
Des généalogistes amateurs, même débutants, publient des lignées sur Internet sans références bibliographiques, sans sources (où on pourrait alors chercher confirmation en cas de doute), sans même parfois connaître ne serait-ce que les noms de ces familles, les noms des localités qui ont pu évoluer avec le temps, sans bien maîtriser la paléographie, sans connaître le B A BA du latin, etc. Ce qui donne, par exemple, des prénoms bien fantaisistes : soit laissés en latin (Petrus, Johannis, etc.), soit mal traduits (Stéphane pour Stephanus qui est en réalité Étienne (les Stéphane étant peu connus avant les XIXe et XXe siècles), Leodegar pour Ligier, à partir du latin Leodegarius, etc.), (Désiré pour Desiderius qui, le plus souvent, doit se traduire par Didier). Des noms de localités bien difficiles à localiser sur les cartes actuelles (félicitations pour votre bulletin qui donne sur deux colonnes les noms germaniques et francophones des villes et villages de l’ancien évêché de Bâle). Le risque à terme est que des généalogistes ou se prétendant tels se contentent de recopier le travail publié par d’autres, fautes y comprises. Chaque repiquage comportera son lot d’erreurs, de coquilles et, à la fin, on aura des généalogies plus ou moins fausses. Alors, me direz-vous, ne faut-il rien publier ? Attendre qu’un arbre généalogique soit parfait ? Non, mille fois non. Ne pas attendre, publier encore et encore, stocker des données, même imparfaites car d’autres, au fil du temps, les critiqueront, les corrigeront, les perfectionneront. Napoléon, qui s’y connaissait en hommes, n’hésitait pas à féliciter ceux qui avaient le courage de faire paraître des œuvres en construction, en devenir, donc encore perfectibles puisque imparfaites. Ces premiers travaux, ces premières publications sont des socles. Si les premiers ouvrages de médecine étaient, à nos yeux d’hommes du XXIe siècle, plus que médiocres, ce sont pourtant eux qui ont permis, par améliorations successives, d’arriver aux manuels d’aujourd’hui et que les générations futures amélioreront encore. C’est le principe même de toutes les sciences. Quand je regarde la généalogie et l’histoire que j’avais rédigées sur ma famille et que je les compare avec ce que j’en sais actuellement, c’est presque le jour et la nuit, tant les branches se sont multipliées, tant les ascendants directs sont remontés de plus en plus loin dans le temps (jusqu’au 3e siècle de notre ère), tant j’ai corrigé d’erreurs, tant j’ai complété, illustré, grâce à l’apport de microfilms, de photographies numériques, etc. Et, pour éviter l’écueil des fautes en cascades reproduites par les chercheurs successifs, un conseil simple : chaque fois, bien indiquer la source, où on peut la trouver (en vue d’une vérification toujours possible) et mieux encore, la publier sans y toucher sous forme de photographies, tout cela étant grandement facilité par le numérique. Les lecteurs de vos travaux pourront même parfois vous aider une coquille que vous aurez laissé passer en comparant votre transcription avec l’acte original.
Le second écueil est la tentation de croire qu’une généalogie est achevée. Combien de fois j’ai entendu ce refrain : « J’ai fini ma généalogie ! » Et de m’étonner en demandant combien d’ancêtres directs (lignées ascendantes maternelles comprises, naturellement), ces chercheurs avaient recensés. « 85, 120, 214… ». « Et vous estimez que vous avez fini ? Bizarre, pour ma part, j’ai en déjà découvert 7409 et encore, du seul côté de ma mère, née en 1920 ». « Oui, me répond-on aussitôt, mais moi, je ne descends pas de familles royales ou impériales, mais de simples pays des montagnes du Jura ! ». Et de leur répliquer : « Mais moi aussi, j’ai commencé mes recherches parce que mon grand-père Hippolyte, né en 1875, a quitté la ferme familiale à Neuvier (dans les Terres de Chaux près de Saint-Hippolyte (Doubs), pour ceux qui connaissent) à l’âge de 14 ans, sans pouvoir me transmettre le moindre souvenir, le moindre papier de famille puisqu’il est mort en 1937 alors que je suis né à la fin de la seconde guerre mondiale, bien loin du berceau familial. Et, pourtant, en remontant le fil d’Ariane des générations ascendantes, de paysans en paysans, de meuniers en meuniers, de notaires en notaires, de chirurgiens en chirurgiens, d’officiers seigneuriaux en officiers seigneuriaux, je suis arrivé au 16e siècle dans les familles d’Auxiron, de La Verne, de Blicterswick, de Trévillers, de Mathay, de Grammont, puis aux ducs de Bourgogne et donc aux rois de France et de toute l’Europe, aux tsars de Russie, aux empereurs d’Allemagne, de Rome et de Constantinople. Les logiciels et les joies de l’informatique permettent même de découvrir sur le site Internet Roglo (http://roglo.eu/roglo avec un code « ami ») les 7704 quartiers (donc ancêtres directs) de mes trois fils qui, par leur père et aussi par leur mère (dont l’arbre est aussi maintenant publié), descendent, en ligne directe, une fois de Jean sans Peur, duc et comte de Bourgogne, 4 fois de Saint-Louis, 922 fois d’Hugues Capet et 54391 fois de Charlemagne. Quant aux liens familiaux, ils en possèdent 66087 avec Juan Carlos 1er, roi d’Espagne, et 76419 par William d’Angleterre, prince de Galles, pour ne prendre que ces deux exemples, sans oublier une trentaine de présidents américains ou de stars d’Hollywood comme Marlon Brando, James Dean, Johnny Depp ou Brad Pitt, ce dernier descendant comme eux du roi Philippe IV le Bel (d’où son affection toute particulière pour la France où il vient de s’installer avec sa famille ?). Ce qui prouve que des descendants de simples paysans peuvent se découvrir parents avec l’Europe entière et donc aussi avec l’Amérique, la Russie, les pays arabes, etc.
Le troisième piège qui me semble devoir être évité à tout prix, c’est la tentation génétique et je m’en explique. Il y a une quinzaine d’années, alors que je présidais la Fédération Française de Généalogie, j’assistais dans le centre de la France à l’assemblée générale d’une association et, à l’issue de la réunion, une dame est venue me trouver en me demandant si on pouvait faire exhumer les restes d’une de ses aïeules, décédée au 16e siècle et inhumée dans une église du voisinage. Devant mon étonnement, elle m’expliqua que, selon la tradition familiale, ladite ancêtre aurait été la fille bâtarde d’un roi de France. Cette bonne dame voulait ni plus ni moins faire effectuer des analyses génétiques sur les quelques os ou poussières d’os qui pouvaient subsister de cette ancêtre pour flatter son ego et se découvrir une ascendance royale. Quelle ne fut pas sa déception lorsque je lui ai expliqué que – quatre siècles plus tard – les fragments d’ADN seraient assurément ininterprétables. Que, par ailleurs, on ne pouvait entrer dans une généalogie que des enfants officiels, reconnus par des actes (bâtards y compris). Je lui ai demandé de me montrer sa généalogie et découvris qu’elle était issue d’une lignée de vignerons dont on suivait la trace continue sur quatre siècles et la rassurai en lui affirmant que c’était déjà une généalogie fort honorable et qu’elle pouvait en être fière. Puis j’ai cru, à tort, que cette lubie génétique demeurerait un cas isolé. Mais non, j’ai vu, il y a une dizaine d’années, les mormons de Salt Lake City débarquer à un colloque de l’Académie Internationale de Généalogie à San Marin et proposer d’effectuer des prises de sang à tous ceux qui sortaient d’une conférence dans le but prétendu de faire une étude scientifique dont je n’ai plus jamais entendu parler depuis… Actuellement, les Américains proposent sur Internet, pour une somme modique, de vous donner après analyse génétique votre pourcentage de Caucasien (traduisez de race blanche) et d’Africain. Et ainsi, vous pouvez découvrir que vous descendez à 96% de blancs venus d’Europe et à 4% d’esclaves noirs amenés d’Afrique pour cultiver le coton. Jusque là, l’idée peut être intéressante et même induire davantage de tolérance si on sait qu’on est soi-même le résultat d’un mélange des peuples. Mais où cela devient grave et, à mon sens, absolument inacceptable, c’est lorsqu’on pratique des tests ADN au sein d’une famille pour savoir si le père est bien le père et si le fils est bien le fils, ce qui a d’ores et déjà provoqué des dizaines de milliers de divorces. Est-il utile de rappeler que l’hérédité est aussi et peut-être avant tout culturelle. Sont vos enfants ceux auxquels vous transmettez votre nom, votre état civil légal, votre éducation, vos habitudes, vos traditions, votre généalogie et votre amour. Et il en est de même aux yeux de la loi. Sinon que resterait-il de la famille ? Une étude anglaise publiée dans une revue médicale scientifique montre qu’en une centaine d’années, les chances que la lignée ait eu des accidents de parcours sont d’environ 50%. Les forts en maths en tireront les conclusions qui s’imposent sur une généalogie remontant à plusieurs siècles … Pour ma part, j’ai trois fils dont un fils adoptif qui, pour toute la famille, est un Thiébaud comme les autres et auquel j’ai même donné le prénom de Jean-Noël, le plus connu de nos ancêtres. Cessons donc définitivement la faribole qui voudrait mélanger à tout prix généalogie et génétique. Ce sont deux sciences différentes et elles doivent le rester.
Le 4e écueil serait de se cantonner à des recherches limitées à une localité ou à zone géographique trop restreinte. Tous ceux qui font de la généalogie savent bien que d’après les registres, il y a beaucoup plus d’enfants qui naissent que de personnes qui meurent. L’immortalité étant une thèse encore peu crédible, que sont devenus tous ces grands-oncles et grand-tantes nés assurément mais on ne retrouve plus la trace. C’est simple : ils sont partis. Pour les Suisses, ils sont partis à Rome dans la garde pontificale, à Paris pour servir dans la garde royale, dans les armées françaises qui, sous l’Ancien Régime, n’étaient composées que de mercenaires étrangers (dont bon nombre de Suisses. On notera au passage qu’on peut maintenant trouver sur Internet des renseignements sur des dizaines de milliers de soldats invalides dont bon nombre de Suisse), en Russie pour servir comme militaires de haut rang à l’instar d’Antoine de Jomini, lieutenant général, aide de camp de l’empereur Alexandre 1er, et, par milliers, comme précepteurs et préceptrices francophones dans les familles de la noblesse russe (dont, avec mon épouse, on a retrouvé les passeports du 19e siècle aux archives cantonales). Des descendants de Suisses, on en rencontre bien évidemment aux U.S.A. comme mon homonyme le peintre Wayne Thiébaud. On en trouve en Extrême-Orient comme Alexandre Yersin, décédé en 1943 dans sa maison du village de Soui Dao près de Nha Trang au Vietnam, inhumé sur une colline face à une montagne où il avait réussi à faire pousser l’arbre à quinine. Quand on parle de lui en 1996 avec M. Dang Anh Trai, dernier survivant à avoir travaillé avec ce savant qui découvrit le vaccin contre la peste, celui-ci affirme : « On le considérait comme un Bouddha vivant ». Les lycées français de Da-Nang et d’Hanoi portent encore son nom et des paysans, fidèles au culte des ancêtres, allument tous les jours des bâtonnets d’encens près de sa tombe. À côté de ces hommes célèbres, combien d’anonymes morts et inhumés loin de la terre de leurs ancêtres. J’avais lancé l’idée, à la tête de la Fédération Française de Généalogie, de relever toutes les inscriptions des cimetières comme le font d’ailleurs les Américains dans leur pays, car si les registres demeurent, les tombes et leurs précieuses informations disparaissent avec le temps (sans compter le fait que les sépultures n’ont pas toujours lieu dans la localité du décès). Ayant aussi, au cours de ces dernières années, vécu en Asie centrale (Ouzbékistan) et en Corée du Sud, j’ai pu sillonner les routes de l’Extrême-Orient. À Pékin, j’ai voulu retrouver les anciens cimetières des anciennes légations européennes près de la Cité interdite pour le livre que je prépare actuellement sur la Chine mais, à la place des tombes, j’ai découvert des immeubles et des parkings. En Algérie, quantité de tombes d’Européens ont disparu depuis l’indépendance mais, heureusement, les archives subsistent, ce qui peut ne pas être le cas ailleurs. À Tachkent, capitale de l’Ouzbékistan, j’ai découvert que le cimetière Botkine (Botkina Kladbiche pour les russophones) était menacé par les tremblements de terre de forte magnitude (7,5 sur l’échelle de Richter) comme celui du 26 avril 1966 qui fit de nombreuses victimes et 300 000 sans-abris. La partie juive du cimetière a été disloquée. Mais le risque le plus grand pour ce cimetière est le départ des Russes qui, par vagues, retournent dans le pays de leurs ancêtres abandonnant sur place les tombes de leurs familles. Pour éviter que ne se perde ainsi un pan entier de l’histoire des peuples, j’ai pris la décision de relever pendant des mois toutes les inscriptions écrites en cyrillique : 12 000 tombes, des masses d’informations (naissances, décès, professions, citations, etc.), le tout publié à Paris, aux éditions L’Harmattan, avec les relevés effectués dans d’autres cimetières ouzbèkes de Tachkent, Samarkand, Boukhara, Khiva, etc. (ces listes comprenant aussi des sépultures allemandes, suisses, chinoises, etc.). J’ai poursuivi ces inventaires à Saint-Pétersbourg (en Russie), en Corée du Sud dans les cimetières internationaux Hapjeong Dong de Séoul et du port d’Incheon, à celui du Mémorial des Nations Unies à Pusan, au gaijin bochi (cimetière des étrangers, en japonais) d’Aoyama à Tokyo, au cimetière d’Urakami à Nagasaki, etc., etc. De retour en Europe, j’ai également effectué des relevés à Iasi en Moldavie et, bien évidemment en Franche-Comté (à Chaux-les-Châtillon, Clerval, Les Fontenelles, Montbenoît, etc.). Ces informations se retrouvent dans mes ouvrages et, en partie sur mon site (http://www.jeanmariethiebaud.com/) qui a déjà accueilli près de 1 400 000 visiteurs.
Le 5e risque serait donc de se cantonner dans son pays, surtout dans des zones frontières comme les nôtres. La mobilité était assurément plus grande aux 17e et 18e siècles d’un côté à l’autre des montagnes du Jura (mais même déjà dès le Moyen Âge et jusqu’à la Révolution ce qui m’a conduit, par exemple, à travailler sur la généalogie de la famille de Cœuve publiée par la Société Jurassienne d’Émulation, sur celle des Colin de Valoreille, sur François Joseph Hennet, anobli sous le nom de Hennefeld, conseiller aulique du prince-évêque de Bâle qui épousa en 1722 à Chaux-lès-Châtillon une demoiselle Faivre de Courcelles, en présence de messire François Conrad de Grandvillard, écuyer, grand forestier de Son Altesse Monseigneur l’évêque de Bâle, prince de Porrentruy). Rappelons la grande migration suisse venue repeupler la Franche-Comté à partir de 1645, à l’issue de la terrible guerre de Dix ans (et que j’ai inventoriée pour la paroisse de Chaux-lès-Châtillon), rappelons aussi les Français qui se réfugièrent en Suisse pendant la Révolution et si nombreux que, dans mon ouvrage sur les Francs-Comtois de la Révolution, j’ai consacré plusieurs dizaines de pages aux personnages suisses et aux Français qui ont émigré). Nous avons tous le plus grand intérêt à connaître ce qui se publie des deux côtés de la frontière et à travailler en commun. Le CEGFC a constitué un fichier des Suisses en Franche-Comté et, pour ma part, je descends aussi d’une dizaine de familles suisses (Alzingre alias Helzingre ou Helzinger, Cattin, Horni ou Ornis, Sandoz, Gouetevin ou Gutwein, Delachaux, Charton, Orsat, Choulet, Risoz, Vyatte, de Seignelégier, etc.) ou franco-suisses comme les Garessus qui réunissent tous les ans depuis plus de 20 ans des généalogistes des deux côtés de la frontière (la mère du ministre Jean-Pierre Chevènement étant une Garessus). Je lance à nouveau l’idée de créer une association et une banque de données commune entre Suisses et Francs-Comtois.
En conclusion, que dire d’un bilan de près d’un demi-siècle de généalogie ?
Il aurait fallu parler des 30 000 actes dépouillés dans les registres des trois
paroisses de Pontarlier depuis 1537, des centaines d’émissions radiophoniques que j’ai consacrées à l’origine des noms de familles, du Conseil français d’héraldique et de l’Académie Internationale de Généalogie fondées respectivement en 1984 et 1998, de 60 ouvrages publiés (soit plus de 70 volumes car certains sont en plusieurs tomes, sans oublier près de 700 articles en français, en anglais, en russe, etc.) dont un petit dernier, un « Dictionnaire de l’Ancien Régime du Royaume de France, Institutions, mœurs, termes juridiques et religieux, vieux français, noblesse, féodalité, mainmorte, art de la guerre, armes et armures, duel, vêtements, mesures, métiers, bourreaux et tortures, sages-femmes et accouchements, superstitions, maladies, monnaies, provincialismes, généalogie, us et coutumes, Besançon, éditions Cêtre, 2009.
Tout ceci pour dire que la passion fait oublier la fatigue, que l’indulgence doit être la règle car la généalogie ne se construit que par approches et corrections successives. Mais
la certitude que j’ai surtout tirée de cette longue expérience et de ces milliers d’heures de travail, en regardant surtout les centaines de kilomètres d’archives qu’il nous reste encore à explorer, c’est qu’en généalogie, quoi qu’on en pense, nous ne sommes toujours, tous autant que nous sommes, qu’à l’aube du début du commencement.




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