Index des noms de famille dans les ouvrages de Jean-Marie Thiebaud

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Articles: Discours prononcé aux obsèques de Ray Lucas (1909-2007)


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 Titre: Discours prononcé aux obsèques de Ray Lucas (1909-2007)
 Ecrit par: Jean-Marie Thiébaud

  Discours prononcé aux obsèques de Ray Lucas (1909-2007)

Besançon, le 7 février 2007, église Saint Pie X, Palente, Besançon


Nous sommes réunis aujourd'hui pour accompagner le départ de Monsieur Raymond Lucas qui nous était plus familier à travers le diminutif amical de Ray Lucas.
Né à Besançon le 17 mai 1909, Monsieur Raymond Lucas aurait fêté son 98e anniversaire dans quelques semaines.
Comment résumer une vie aussi passionnante en quelques mots ?
Une vie tout entière consacrée à la boxe anglaise qui a fait de lui une véritable figure de légende.
A peine âgé de 19 ans, nous sommes en 1928, Ray Lucas prit sa première licence de boxe amateur. Après avoir pratiqué le noble art jusqu'en 1934, il fut l'un des cofondateurs du Club Pugilistique Bisontin en 1933 jusqu'à la seconde guerre mondiale où il gagnera sous les drapeaux la croix de guerre 1939-1940. De retour à Besançon, il devint professeur de boxe dès 1943 et, parallèlement, participa au réseau de Libération qui contribua à rendre la liberté à notre patrie.
Professeur manager dans l'âme, il le demeura jusqu'en 1967 et s'assura d'un diplôme d'état en 1971. Il avait fondé dès 1946 le Ring Olympique Bisontin puis le Gant d'Or en 1970. C'est dans ces clubs marqués de son empreinte qu'il se tailla une renommée à l'échelle nationale en devenant un des plus grands professeurs de boxe anglaise que la France ait connus. Il forma et entraîna de nombreux professionnels : après Paul Guillemin, André Germain et Robert Fahys, il vit ses efforts récompensés en 1959 avec le titre de champion de France professionnel obtenu par Michel Lombardet.
Mais le nom de Ray Lucas devint surtout connu du grand public avec son élève le plus fameux, Jean Josselin, qu'il conduisit à Dallas (Texas), le 28 novembre 1966 comme challenger pour le titre de champion du monde face à l'Américain Curtis Cookes. Celui-ci conserva son titre mais le cur des Bisontins et de tous les Français avait vibré au même rythme que celui de Ray Lucas que nous avions tous pu voir au coin du ring donner ses précieux conseils à celui qui avait réussi à porter aussi haut les couleurs de la France.
Plus tard, au sein du Gant d'Or bisontin, il guidera aussi les premiers entraînements de nombreux jeunes boxeurs et notamment d'Olivier Meunier et et de Morrade Hakkar.
Récompenses et décorations sont venues saluer cette réussite sans précédent dans le monde pugilistique franc-comtois. Citons les plus fameuses : médaille d'or du ministère de la Jeunesse et des Sports, officier du Mérite Sportif, plaquette d'or de la Fédération Française de Boxe, médaille d'honneur de la ville de Besançon, officier dans l'Ordre du Mérite Sportif, échelon Argent de la Fédération que le président Furgoni est venu en personne lui remettre à Besançon le 5 octobre 2002. Sans oublier, naturellement, la salle de boxe qui porte son nom depuis plusieurs mois dans le quartier de Palente.
Ces récompenses, ces décorations, elles ont officiellement reconnu la valeur exemplaire d'un professeur manager émérite qui a servi la cause du sport pendant 70 ans mais elles sont venues aussi reconnaître les valeurs profondément humaines d'un homme d'exception qui pouvait déclarer au Palais des Sports de Besançon, le 22 décembre 1978 : « Au seuil de l'hiver qui me guette, lorsque je me retourne, je sens que j'ai de beaux souvenirs et l'amitié de nombreux sportifs qui en dépit de critiques trop faciles m'ont prouvé leur fidélité ». Il affirmait ainsi son optimisme face aux aléas de l'existence, se rappelant peut-être ce mot d'Alessandro Baricco dans son roman « City » : « Pour apprendre à boxer, il suffit d'une nuit. Il faut une vie entière pour apprendre à combattre ». Ray Lucas, lui aussi, a su dépasser les critiques. Et, plus que tout autre, Ray Lucas a su , contre vents et marées, cultiver l'amitié et la fidélité au niveau d'un art qui n'avait d'égal que sa passion du sport en général et de la boxe en particulier. Nous aurons aussi toujours en mémoire son énergie, son dynamisme, sa générosité, son envie de communiquer, celle de faire passer le message de la réussite humaine et personnelle à travers les joies du sport. Quel bonheur d'avoir pu voir un homme qui, à plus de 90 ans, partageait encore avec plaisir nos réunions, avec un sourire, un enthousiasme merveilleusement contagieux, une ferveur ardente au coin de l'il qu'il avait su garder depuis sa prime jeunesse et que les ans n'avaient pu altérer. Que c'est étonnant, un homme de 98 ans qui nous fait un bien étrange cadeau en nous léguant, tant pour nous que pour les générations futures une image d'éternelle jeunesse d'esprit et de cur !
A sa famille, à ses amis, à tous les boxeurs et dirigeants présents, le comité départemental du Doubs de la Fédération Française de Boxe adresse ses condoléances attristées, tristesse en partie compensée par le sentiment d'avoir eu l'honneur et le privilège de côtoyer pendant des années un grand, un très grand monsieur qui a toujours su rester debout et qui, à jamais, demeurera un véritable phare dans l'univers du sport et de la boxe : Ray Lucas, Raymond Lucas, Monsieur Raymond Lucas devant lequel nous ne pouvons que nous incliner avec un très profond respect.






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